Recherches

Le GECEM s'intéresse aux grands dauphins (Tursiops truncatus) depuis près de 15 ans en Corse, et à peine moins autour des îles d'Hyères et de Marseille.

Après des campagnes de recensement et d'études comportementales estivales menées en Corse depuis 1993, la photo-identification est devenue le thème principal des missions du GECEM à partir de l’été 2000. Cela représente un total d'environ 25.000 clichés de photo-identification, à partir desquelles on a réussi à identifier 206 dauphins aux marques caractéristiques.

Notre association travaille également en collaboration avec d'autres organismes de recherches qui étudient les grands dauphins en Corse, en Italie et en France.

Historique

  • 1993 : premier recensement estival mené en Corse
  • 1995, 1997, 1998 : missions d'études comportementales menées en Corse durant l'été
  • 1995 à 1998 : missions d'études ponctuelles des grands dauphins autour des îles d’Hyères et de Marseille
  • 2000 : second recensement estival
  • 2002-2003 : campagne hivernale en Corse fragmentée sur 3 semaines
  • 2003 : troisième recensement estival
  • mai 2004 - mai 2007 : le GECEM a été sous-traitant du WWF pour le volet A1 du Life Linda, portant sur le suivi des populations de Grands Dauphins dans les trois zones Natura 2000 : côte des Agriate, littoral nord-ouest de la Corse de Porto à Calvi, et sud de la Corse, de Porto-Vecchio à Figari
  • depuis 2005 : reprise des études sur les côtes de Provence avec l’ONFCS et Nature et Découvertes

Application de la photo-identification au Grand dauphin

A y regarder de plus près, des individus d’apparence semblable présentent toujours des différences externes, et ce quelque soit l’espèce. Les naturalistes de terrain qui ont consacré beaucoup de temps à vivre au contact de leur sujet d’étude ont utilisé les premiers ces différences de physionomie, difficiles à détecter de prime abord, mais évidentes si on peut comparer deux à deux des clichés de qualité.

Chaque individu d’une troupe peut se reconnaître à un ensemble de signes particuliers, cicatrices, taches, difformités…, et ces critères semblent stables, ou se modifient lentement, dans le temps. Dès lors qu’on peut garder une trace de cet ensemble de caractères individuels, par exemple sous forme de photo, il est facile de les rechercher sur des clichés pris ultérieurement : c’est la photo- identification.

Marques spécifiques d'un grand dauphin Critères d’identification en photo-identification. Photographie de Cathy Cesarini, GECEM / Life Linda

Si de prime abord le Grand dauphin paraît uniformément gris, un examen plus détaillé à bonne lumière révèle de subtiles différences de pigmentation, de nombreuses cicatrices dues aux morsures au cours des interactions sociales et/ou à des blessures causées par des hélices de bateaux, et une grande diversité de forme de la nageoire dorsale, fréquemment encochée de plusieurs marques, le tout offrant une infinité de combinaison.

En fait, seuls les plus jeunes individus, vierges de toute cicatrice, sont difficiles à identifier, car même une bonne photographie ne permettra pas de reconnaître un individu sans caractéristique particulière. Plus rarement des critères secondaires peuvent être exploités, comme la teinte générale du corps, la présence de taches sombres sur les flancs (probablement dues à une infection par le Poxvirus), nodules inflammatoires parasitaires à Penella sp., dépigmentation du rostre (certains individus ont des marques blanches, ou rose vif, comme les chevaux ladres).

Ces critères ne sont que rarement visibles sur les photographies réalisées lorsque l’animal vient respirer à la surface, et sont donc beaucoup moins exploitables. De même, la zone du dos située entre la nageoire dorsale et le pédoncule caudal est particulièrement riche en cicatrices, mais elle n’est pleinement visible qu’au moment où l’animal courbe son dos pour une sonde profonde. C’est un événement rare et fugace, et on ne peut pas faire reposer le fichier global de photo-identification sur lui. Dans le bassin d’Arcachon, travaillant sur 6 Tursiops sédentaires faciles à contacter, les chercheurs ont même utilisé le dessin des lignes sombres ornant le melon, sur les dauphins vus de face, ces individus ayant l’habitude de suivre le zodiac du groupe d’étude…

Le Tursiops se prête donc bien à une reconnaissance individuelle à partir des marques et de la forme de sa nageoire dorsale, et d’autres cicatrices accessoires sur le corps. La difficulté est de réaliser des clichés de qualité suffisante pour ce travail car les Grands Dauphins sont des animaux rapides, dont les déplacements sont difficilement prévisibles.

Ce que nous avons appris sur les dauphins de Corse et de Provence

Les études menées sur les Cétacés sont relativement récentes et nous avons encore beaucoup de choses à apprendre sur ces animaux. Grâce à la photo-identification (facilitée par l'utilisation de la photographie numérique), les grands dauphins de Corse et de Provence nous ont révélé quelques uns de leurs secrets...

Sédentaire ou Grand voyageur ?

Une majorité de dauphins est sédentaire et fidèle à un site donné. C’est le cas d’Ag-H, revu à dix reprises depuis juillet 2000 dans les Agriate dans un périmètre de moins de 20 km de largeur. D’autres au contraire, se déplacent régulièrement d’une zone à l’autre.

C'est le cas d’Ag-Z10, une femelle rencontrée avec ses jeunes aussi bien sur Galeria que sur Saint-Florent, et jusqu’au Cap Corse, avec des déplacements avérés de 55 km en 2 jours ! Tout comme Scandola-D, qui se déplace également sur de grandes distances le long des côtes Nord-Ouest de la Corse. Jamais accompagné d’un juvénile, ce gros dauphin fortement marqué à toutes les chances d’être un mâle.

Les mâles sont réputés se déplacer de groupes en groupes pour optimiser le brassage génétique. Trois dauphins ont donné des reprises Corse-continent. Chacun a été vu à des moments différents dans l’archipel des îles d’Hyères et à Nice, mais par chance, ils ont été observés ensemble le 21/07/2006 dans le canal Corse par Participe Futur. Un magnifique exemple de l’intérêt de la mise en commun des différents catalogues de photo-identification !!

Copain-Copain ?

Les relations individuelles des grands dauphins corses sont complexes. Au sein des deux régions les plus étudiées, Scandola et les Agriate, on retrouve très souvent les mêmes individus, mais rarement ensemble dans le même groupe. Le dauphin Ag-B, par exemple, a été vu au moins une fois en compagnie de 15 autres dauphins photo-identifiés, mais jamais plus de 4 fois avec un dauphin en particulier. En gros, beaucoup de relations, mais peu d’amis inséparables.

Jeune dauphin, photographie de Dominique Baril Les missions Life ont permis de confirmer le cycle d’un petit tous les 3 ans en moyenne pour les femelles en âge de procréer (entre 10 et 40 ans, soit une dizaine tout au plus au cours de sa vie). Les jeunes restent près de leur mère pendant 3 à 4 ans, et sont donc parfois observés avec le dernier né du moment.

D'après tous les recensements que nous avons menés, le taux de nouveau-né dans la population semble être de l’ordre de 5%, indiquant sans doute une démographie stable pour les zones de la Corse étudiées. Notre suivi régulier a permis de lever le voile sur l’histoire individuelle de certaines femelles, avec des succès et des échecs de reproduction, et parfois des observations que nous avons encore du mal à comprendre.

Bien sûr, un animal aussi opportuniste ne peut pas rester indifférent devant un filet de pêche bien garni. Mais les Grands Dauphins restent de fantastiques prédateurs, capables de se nourrir sur les ressources naturelles, en fonction de l’abondance saisonnière des proies.

A plusieurs reprises au printemps 2007, nous avons observé des chasses de dauphins sur des bancs de lançons, curées qui attirent un grand nombre de dauphins et d’oiseaux de mer, goélands, puffins, cormorans...

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